Contexte économique et politique

màj : 11 août 2018

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Nous tentons ici de synthétiser les grandes tendances qui ont marqué l'histoire économique et politique des dernières décennies, et d'identifier les forces en présence. Nous en tirerons les premières conclusions principales.

Cela est un préalable nécessaire à une bonne compréhension de la problématique de l'allocation universelle et la démocratie directe, dont la réalisation devra être conçue dans une approche à la fois locale et globale.

Contexte économique

Mondialisation

Le développement rapide des moyens de transport et de communication (⇑ réseau, ⇑ vitesse, ⇑ volume, ⇓ coût) a stimulé le commerce international, ainsi que la mobilité des facteurs de production : capital (finance et technologie) et travail (flux migratoires).

Cela s'est traduit par une transnationalisation des grandes entreprises privées, sous la forme de délocalisations et de fusions & acquisitions. Cette transnationalisation :

  • s'inscrit dans un contexte idéologique "libéral" considérant que le libre échange n'a que des avantages et ne doit donc être soumis à aucune contrainte ;

  • exploite la faiblesse du droit international, dont la particularité par rapport au droit national est de ne pas être complété par des pouvoirs exécutif et législatif transnationaux (et démocratiques) pouvant sanctionner de façon crédible sa non-application (il n'existe pas d'État mondial, ni de Confédération mondiale).

La nature débridée de cette mondialisation induit de nombreux effets pervers :

  • dumping fiscal --> baisse des recettes publiques --> hausse des dettes publiques ;

  • dumping social --> précarisation du salariat (remplacement de CDI par des CDD, généralement moins rémunérés, plus stressants et sans perspective de carrière) ;

  • dumping environnemental --> non réalisation des objectifs de limitation d'émission de CO2 ;

  • désindustrialisation dans les pays développés --> perte d'autonomie productive des États --> moindre résilience de l'économie mondiale ;

  • évincement des petits commerces locaux par des grandes entreprises transnationales --> appauvrissement de nombreux petits entrepreneurs.

Rationalisation

Internet stimule le développement de marchés bifaces, qui transforment considérablement le fonctionnement du marché du travail (ubérisation).

D'autre part la robotisation augmentée par l'intelligence artificielle tend à limiter la demande de travail par les entreprises. Ainsi les dix plus grandes entreprises du monde en terme de capitalisation boursière (NB : toutes technologiques et états-uniennes ...) sont cependant des naines en terme d'emplois. Ainsi les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) emploient à elles quatre moins de salariés que la seule société Volkswagen ! [source].

Certes les nouvelles technologies créent de nouveaux emplois, mais pas nécessairement pour ceux qui ont perdu le leur. Et quand par chance ils en retrouvent un c'est souvent sous CDD, généralement moins rémunéré, plus stressant et avec une moindre perspective de carrière qu'un CDI. Ainsi une minorité de la population s'enrichit tandis qu'une majorité s'appauvrit relativement.

Chômage très sous-évalué. La méthode de calcul des taux de chômage les plus publiés ne comptabilise pas les emplois à temps partiel sans équivalent temps plein. Aux USA le taux incluant le chômage caché, telle que défini et mesuré par shadowstats.com, serait plus de quatre fois supérieur au taux de chômage officiel le plus publié : plus de 20% au lieu d'environ 5% ! [source].

On assiste au déclassement structurel du travail et à sa subséquente précarisation, sous l'effet :

  • d'innovations technologiques dont le cycle est devenu inférieur à la durée de vie professionnelle (NB : ce qui n'était généralement pas le cas aux 19° et 20° siècles) ;
  • du développement des marchés bifaces.

Privatisations

Le démantèlement de l'URSS à la fin des années 1980 a accentué la tendance de l'idéologie "libérale" à s'imposer partout dans le monde comme le seul modèle de société envisageable.

Grâce au contrôle des principaux moyens de production du savoir la classe dominante mondialisée a développé un cursus idéologique qui constitue la théorie économique enseignée dans les universités et présentant le libéralisme comme une loi naturelle plutôt que comme un système d'appropriation des richesses produites par l'ensemble de la population. Un élément clé de cette idéologie est l'absence de toute distinction entre facteur et moyen de production. La réalité est évidemment que seul le travail humain est facteur (c-à-d agent) de production, tandis que le capital n'est qu'un moyen (c-à-d objet) de production. Or les moyens de productions (dont les robots) ont eux aussi été produits par le seul travail humain ...

Trahis par des décideurs politiques de tous bords, les États sont progressivement dépecés par privatisation des entreprises publiques (poste, chemins de fer, banques publiques, ...) et même des services publics (enseignement, soins de santé, sécurité sociale, justice, police, armée, ...), tous étant considérés comme privatisables et "nécessairement" mieux gérés par une entreprise privée.

Le caractère anti-démocratique des privatisations est confirmé par une étude de Ernst & Young, montrant que sur l'ensemble de la planète les populations sont généralement satisfaites des entreprises publiques, et qu'elles les apprécient mieux que les entreprises privées [source].

Écarts de
richesse

Il résulte de ce phénomène de privatisation une augmentation des écarts de richesse, ce qui est nuisible à la cohésion sociale et la démocratie, mais aussi ralentit le développement économique, comme l'a démontré en 2014 une étude de l'OCDE [source], confirmée en 2015 par une autre étude du FMI [source].

Que faire ?

Il s'agit, non pas de supprimer les écarts de richesse, mais des les limiter, de façon absolue ou relative. Cette deuxième option correspond au principe d'écart de richesse optimal. Pour ce faire il convient d'agir sur la demande et l'offre de biens et services.

Politique de demande : réformer la sécurité sociale sur base du modèle synthétique d'allocation universelle.

Politique d'offre :

  • nationale : les États devraient s'impliquer dans la structure productive nationale en disposant de plusieurs entreprises publiques concurrentes dans chaque secteur stratégique, et si nécessaire en faisant du statut de grande entreprise (soit moins de 1% des entreprises) un monopole public [approfondir].

  • internationale : création d'entreprises publiques multinationales, notamment un "Google" et un "Facebook" publics.

Contexte politique

USA

En finançant lui-même une partie de sa campagne électorale le milliardaire et outsider Trump a réussi à emporter l'élection présidentielle contre Hilary Clinton. Bien que l'appareil d'État US ne semble pas favorable au nouveau président il convient cependant de relativiser ce "conflit" apparent : (i) il y a toujours eu des désaccords et des luttes d'influence au sein de la classe dirigeante quant à la meilleure stratégie à adopter pour préserver ses intérêts ; (ii) aussi fortuné soit-il, un président ne peut s'opposer durablement à la puissance de l'État profond (cf. l'assassinat de Kennedy ?). D'autre part, quel que soit le président, (i) la quasi totalité des membres du Congrès US sont toujours issus des 5% les plus riches de la population, et (ii) la politique étrangère des USA, a toujours été fondée sur la « défense des intérêts US dans le monde » (sic) c-à-d sur l'impérialisme.

Classe dirigeante. Nombreux dans le monde sont ceux qui croient que le président US est élu par la population (suffrage universel). Or en réalité la population US n'élit qu'un petit comité de "grands électeurs" dont les candidats sont choisis par les partis politiques [source]. Ce "suffrage universel indirect" (sic), permet donc de garantir que le président sera un candidat des plus riches.

Chine et Russie

Depuis les années 1980 ces deux anciens pays communistes ont évolué de façon différente vers le "libéralisme" : abruptement en URSS, progressivement en Chine. En Russie la majorité de la population regrette cependant le communisme (PS : et en Chine ?). Ainsi un sondage réalisé en 2016 par le Centre Levada (d’orientation libérale) montre que plus de la moitié des Russes interrogés regrettent l’URSS, non seulement chez les plus de quarante ans, mais également parmi les jeunes nés après 1991 [source]. Cela confirme des enquêtes réalisées durant les années 2000 et 2010 montrant que la majorité des russes ayant connu l'URSS regrettent sa disparition [source1, source2]. Rien d'étonnant à tout cela : ainsi le 17 mars 1991, un référendum portant sur la question du maintien de l'Union soviétique avait donné 76 % de réponses favorables au maintien, mais Boris Eltsine n'en tint pas compte ... [source].

Union européenne

Sous contrôle US. La présence de bases militaires US en Europe confirme que celle-ci est bien sous contrôle de Washington. Le traité de l'Union européenne rend d'ailleurs impossible toute politique militaire indépendante de l'OTAN – l'extension impériale de l'armée US – en stipulant que « la politique de l'Union (...) doit respecter les obligations découlant du traité de l'Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'OTAN et qu'elle doit être compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre » [source].

À l'occasion de la venue à Bruxelles du président US Donald Trump pour une réunion de l'OTAN en 2017, le président du Conseil européen, Donald Tusk, déclarait « J'ai l'intention de convaincre le président des Etats-Unis que l'alliance euro-atlantique signifie que le monde libre (sic !) coopère pour empêcher un ordre mondial post-occidental (sic !) » [source]. Nul doute que le reste de l'humanité (soit plus de 80% de la population mondiale) - qui n'est pas sans ignorer les relations troubles entre les puissances atlantistes et le terrorisme islamiste [exemple1, exemple2] - interprétera comme il se doit cet imbécile message suprémaciste et impérialiste ...

Vouée à l'échec ? L'union monétaire supprime de facto toute possibilité d'ajustement de taux de change entre pays membres, de sorte que les inévitables ajustements induits par l'hétérogénéité des pays membres (--> déséquilibres des balances commerciales : surplus au nord, déficits au sud) ne peuvent plus être réalisés que par des "dévaluations internes" (baisse des salaires et des dépenses de SS). Or, dans un article publié par l'Association britannique du droit constitutionnel, Danny Nicol, professeur de droit public à l’université de Westminster montre que le biais idéologique du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (encore appelé Traité de Rome, 1957) en faveur de l'idéologie libérale a pour effet de criminaliser toute politique collectiviste [source], ce qui bloque l'option de transferts sociaux des pays en surplus vers les pays en déficit. On assiste donc à une baisse de la demande dans les pays du sud l'UE, s'ajoutant au délitement de l'offre (désindustrialisation ) par les délocalisations vers les pays asiatiques, de sorte que les économies du sud de l'UE s'effondrent.

À tout cela s'ajoute la difficulté voire la non pertinence d'uniformiser politiquement et économiquement une Europe caractérisée par une très haute diversité culturelle : (i) d'une part il y a presque autant de langues que d'États membres (une trentaine !) ; (ii) d'autre part il ne faut pas sous-estimer l'influence de l'histoire religieuse : le sud catholique et le nord protestant représentent deux conceptions très différentes du rapport individu/société, et du type de valeur attribuée à l'argent et au travail. N'oublions pas que le protestantisme n'est pas une religion qui a croisé le chemin du catholicisme, mais un schisme issu de celle-ci, notamment par rapport à une pratique centralisée et hiérarchique de la religion [approfondir].

Impopulaire. Le taux de participation aux élections européennes n'a jamais cessé de baisser. Et depuis 1999 les abstentionnistes sont mêmes devenus majoritaires. L'UE ne peut masquer son illégitimité que grâce à la collaboration massive des milieux journalistique et académique, ainsi que par l'intimidation des opposants politiques par la calomnie (ceux-ci étant systématiquement qualifiés de populistes et d'extrémistes).

participation-electorale.png

Source : europa.eu

Que faire ?

Les faits que nous venons d'évoquer démontrent la nuisibilité de l'Union européenne. Il importe donc d'en sortir (ainsi que de l'OTAN), et surtout d'oeuvrer à la création d'une Confédération mondiale des États.

Conclusion

Les forces vives des populations devraient oeuvrer à la réalisation d'un nouveau paradigme sociétal, au niveaux politique (gouvernance) et économique (demande et offre de biens & services) :

  • Gouvernance :
  • Demande : partage du pouvoir financier par l'instauration de l'allocation universelle telle que définie par le modèle synthétique ;

  • Offre :

    • nationale : les États devraient s'impliquer dans la structure productive nationale en disposant de plusieurs entreprises publiques concurrentes dans chaque secteur stratégique, et si nécessaire en faisant du statut de grande entreprise (soit moins de 1% des entreprises) un monopole public [approfondir] ;

    • internationale : création d'entreprises publiques confédérales, notamment un "Google" et un "Facebook" publics.

Les personnes intéressées à s'impliquer politiquement dans la réalisation de ces objectifs sont invitées à s'approprier le projet tutmondigo.net.